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Théâtre

Charlie Ne Dort Plus Jamais Chez Lui

 Par

Anthony Steyning

01/03/2011

 

Soyez témoin de la naissance d'une oeuvre de théâtre insolite. Je vous offre la moitié de mon premier brouillon, un beau bébé peut-être encore un peu laid. Parce que je ne suis pas encore représenté en France, des metteurs-en-scène, por favor non pas des metteurs-en-Seine, peuvent me contacter directement pour me demander la suite du texte. Il s'agit d'une pièce en un Acte, d'une durée approximative d'une heure avec deux personnages principaux et un enfant.

 

Avant Propos

- Seigneur !

- Oui!

- Seigneur, j'ai des mauvaises nouvelles !

- Ah, oui !?

- Seigneur, semble-t-il qu'il y a de la vie sur Terre !

- Oh, MERDE ! Et cela, c'est arrivé comment ?

- Je n'en sais rien, Seigneur. Un accident...

- Et maintenant ?

-  Je ne sais pas, Seigneur. Pour l'instant du moins, faire semblant que Vous en soucier ?

 

Mélancolique et inquiétant, écoutez Sylvia Capova jouer Schubert, et continuez à lire....

(deux hommes d’un certain âge dans une aire de jeux près des balançoires d'un parc en forme d'étoile. Ils sont habillés en costume 3 pièces mais se préparent à mettre perruque, nez rouge, et des chapeaux à hélice de clown.)

 

(Le premier s’assoit avec difficulté sur une des balançoires)

 

Jake: (aucune surprise) Tenez ! Voyez qui arrive ! (directement à Charlie) Une invitation... irrésistible?

 

Charlie : (approchant) Je suis en retard ? J'ai raté l’essentiel ?

 

Jake: Comme une phalène...attiré au phare?

Charlie: J'adore...

Jake: La fuite? Courir?

Charlie: Je l'adore...

Jake: Quoi? Oublier des choses?

Charlie: Ça ne m'arrive pas souvent... être invité...Il y a de la bouffe?

Jake: De la bouffe, à boire, mais attention, après 18 heures, il n'y a que du cul !

 

Charlie: Je le savais, je l’ai deviné, je suis bien sapé ? (regarde au tour) Et les autres ?

Jake: Je t'ai dit, habilles-toi comme tu veux, nous sommes que deux…

 

Charlie: (insiste) Plus qu'il y en a....

Jake: Comme d'habitude tu n'écoutes pas.

Charlie: Ils sont où?

 

Jake: Ils ont tous étés... pendus !

 

Charlie: (choqué) Fous-moi la paix ! Pendus? (incrédule) Se saoulant la gueule, bambochant, fumant ?

 

Jake: (sombre) Beaucoup pire que ça… !!  (pause) Il y a un trou dans ton revers, oui, juste là, une brûlure; un de tes cigares ? (regarde sa montre) Qu’est-ce que tu fous, toute la journée ?

 

(Charlie éteint son cigare, en vérifiant son revers)

 

Charlie : (à lui-même) Il ne faut jamais s’habiller trop chic…

 

Jake : (sévère)(en général) La respectabilité demande précision, ponctualité…

 

Charlie : (défensif) Je ne suis pas en retard. Tu disais, 17 heures !

 

Jake : Oui, j’ai bien dit : 17.00 heures : Rideau, Que la Pièce commence : Il est 17 heures 10…

 

Charlie : Je ne marche plus aussi vite...

 

Jake : Pas du tout.

 

Charlie : (à voix basse quand il ment) Si, je suis…

 

Jake : Je t’ai vu.

 

Charlie : Si, je suis…

 

Jake : Tu paradais.

 

Charlie : Si, je suis…

 

Jake : Arrête, une autre de tes histoires?

 

Charlie : Si, je suis…

 

Jake : Pas connard ?

 

Charlie : Si, je suis…

 

Jake : Je t'ai eu ! (pause) Et aujourd’hui… Aujourd’hui, d’où arrives-tu ?

 

Charlie : Alors, fêtons ? Amusons-nous. Ça fait longtemps.

 

Jake : Comment… ça fait longtemps ?

 

Charlie : Que je ne me suis pas amusé comme ça.

 

Jake : Nous n’avons même pas commencé…

 

Charlie : Peu importe, je suis prêt. Ça fait du bien.... d'être en mouvement, j’adore ce parc. En plus, c’est sur mon chemin….

 

Jake : En mouvement ? Ton chemin ? Pour aller où ?

 

Charlie : Nulle part, en particulier.

 

Jake : En cavale ?

 

Charlie : Me promenant, c’est tout...

 

Jake : Ça fait du bien tu disais... mon oeil! Ton plaisir, quoi exactement... te rendre là où tu veux, quand tu veux ? T’as quel âge aujourd’hui ?

 

Charlie : Ah, on commence ? (Baisse son pantalon inexplicablement)

Jake: Hausse-le, ce n'est pas ce que tu penses!

Charlie: Mais tu m'avais promis!

Jake: Tu dévies, comme toujours!

Charlie: Ah, une digression, pardon! J'ai quel âge encore?

Jake: Chaque début... un début faux!

Charlie: 24?

Jake : Tu les adores tes défilés. (silence) Te manquent-ils ?

 

Charlie : (en prenant le nez de l’autre dans sa main) Me manque-t-il d'être né sans aucun espoir, près du fond du chaudron, d'être forcé de me lancer, de m’engager… lutter, gagner ? Qu’est-ce que tu crois ?

 

Jake : Arrête ! Que fabriques-tu ? Laisse tranquille mon nez !

 

(Un garçon traverse la scène, rie, rie encore, pointe et disparaît)

 

Charlie : Je lui donne une forme, je le réduis, il est trop prononcé pour ta figure.

 

Jake : Il fait partie de mon look. Laisse-moi !

 

Charlie : (rie) Celui en dessous : aussi froid, aussi mouillé… pareil!

 

Jake : (essayant de se balancer) Ça va, ça suffit, t’as eu ta tranche, laisse tomber…

 

Charlie : (faisant sonner une trompette en plastique) C’est formidable de se sentir jeune, se sentir fort…

 

Jake : Les gains, les avantages, appartenir ?

 

Charlie : Ma vie devant moi, faire ce que je veux, prendre les autres par le nez. J’ai le choix, j’ai eu des choix, je les ai raté, plus maintenant… C'est le début? Je viens d’arriver, de mon départ, de mon absence…

 

Jake : Revenu de l’ennui, d'avoir échappé ? Revenu d'une éternelle solitude, de la fatigue... ?

 

Charlie : Tout ! J ’ai tout gagné…

 

Jake : Tu m’écoutes ? Revenu des questions en trop, de la simulation d'embarquement d'un autre train…

 

Charlie : J'ai gagné !

 

Jake : Ah, oui! Homme, rival éternel, toujours le meilleur ! Ma sœur a 10 ans de plus, elle compte sans arrêt qui elle a vaincu jusqu’à la mort, presque souriante quand une copine ou un amant meurt, de leur avoir survécu. Mais moi, pour vrai, j’ai survé…  survécu avec elle… nous deux, seuls… ensembles… les autres..  (ému) Ils me manquent terriblement… des jours sans eux, pas des jours… la vie sans eux, comme la torture à laquelle ils ont été soumis…. (calme) Je te parie qu'elle espère que son mari crève avant elle. Peu importe la solitude, le silence, ils s’aiment, mais comme je disais, même souffrant elle adore gagner...

 

Charlie : Je préfère me sentir fort, botter des culs…

 

Jake : Être terrifiant ? Bousculant, balafrant, cinglant, abattant, sabrant ? Tes paroles qui résonnent plus suavement que des baïonnettes,  plus sèchement que des bottes sur des cailloux, mais qui sont aussi dures? Et alors… diras-tu ?

 

Charlie : Et alors ?

 

Jake : Et maintenant ? On joue ?

 

Charlie : J’ai rencontré cette femme qui ne pouvait pas s’asseoir…

 

Jake : Belle feinte, belle mascarade…Quand ça ?

 

Charlie : N'importe ! Elle avait une fissure à l’anus, des souffrances aigües, elle ne pouvait plus s’asseoir, se coucher, aller aux chiottes, ses médecins ont dû la purger, et lui poser des tampons d’opium contre ses douleurs. Mais son problème... que son cul commença à halluciner, se prenant pour une motocyclette.

 

Jake : Quelle vie !

Charlie: La vie de qui?

Jake: Pas la sienne! La tienne !

 

Charlie : N’insiste pas…

 

Jake : Qui insiste ?  C’est un jeu…

 

Charlie : (dédain) Tu ne fais qu'interroger, questionner, questionner, questionner… Qu’est-ce que tu as fait de fascinant, bien nourri, promené… tandis que je devais parader?

Jake : Pourtant ma vie volée. Je la cherche encore... volée par qui?  En trouver une autre… peut-être… ici au parc… exactement là… où tu te trouves ?

Charlie : Trop tard…

 

Jake : On ne sait jamais…

 

Charlie : ...à un moment, j’ai voulu mourir...

Jake: Je n'aurais pas eu la moindre raison pour te...

Charlie: Comment?

 

Jake : Là d'où tu viens... Tu y es jamais retourné ?

 

Charlie : …mais, d’un coup, subitement, tout allait mieux. Je regardais cette fille…

 

Jake : (dérisoire) Annie ? Annie Histamine ?  Là pour s’occuper de touts les résidus, miasmes, pollen… Éternué de vous connaître !

 

Charlie :…elle habitait de l’autre côté de la ville, là où ça va mieux. Un jour je la suis chez elle, après l'école, à l’école où je peins les cadrans des fenêtres mais où à l’intérieur on ne me tolère pas. Son sourire transformait ma planète, ce qui ne m'est jamais arrivé. Je ne suis pas laid, mais j'ai une mauvaise peau, j'ai pas de pognon mais je ne suis pas paresseux et prêt à donner à une fille un jour…tout ce qu’elle veut.

 

Jake : Mais est-ce que tu y es retourné ?

Charlie : Je ne suis pas un génie, mais je ne suis pas stupide, j’espérais qu’elle me donnerait une chance , qu'ils me donneraient une chance, le temps, du temps, d'être considéré!

 

Jake: Ce n'est pas ça qui compte. Il faut que tu importes...

Charlie: (insiste) Regardez-le, LE voilà....

Jake : (le mimant) ‘Et alors je me dis, et si je joignais l’armée, le Mouvement, recevoir un bel uniforme, un, deux, un salaire, trois, quatre, marcher devant sa maison, trois, quatre, elle va courir me demander qui je suis, trois, quatre, et je lui dirai que je me bats pour elle, pour elle, trois, quatre …..’ (ralentis, à lui-même) Si jamais tu y retournerais il t’attend peut-être une méchante surprise… Rappelle-moi comment tu t’appelles ?

 

Charlie : Louis Armstrong ! Mais qui c’est… qui te raconte tout cela ?

 

Jake : Personne. Ça se devine, et de très loin.

 

Charlie : Je me suis battu…

 

Jake : En massacrant, Louis ? Raconte-moi un peu…

Charlie: Pratiquement une affaire d'Etat!

Jake: Pratiquement?

 

Charlie : (l'ignore) L'impressionner, pour que les gens m’admirent, en admirant à elle, se tenant à mes côtés (geste large) MESDAMES, MESSIEURS, LE VOILA, LE GRAND LOUIS... ARMSTRONG !

 

Jake : (mime) ‘ Pour la première fois de ma vie, trois, quatre, je ne comptais pas pour du beurre… !’

 

Charlie : (agressif) Je suis grand, ils sont petits, j’ai tout eu !

 

Jake : Ça fait du bien, hein, la haine ? Surtout à 24 ans. Mais si tu n'y retournes pas, tu ne comprendras jamais...

 

Charlie : Pour une fois, c'est moi qui ramasse, tout pour moi, une putain de fois…

 

Jake : Et à la fin….. Elle ?

 

Charlie : (fier) Je l’ai eue ! Eue !

 

Jake : Mais morte ! Piégée dans les décombres, asphyxiée, démembrée, déshydratée, inhumée, affamée, écrasée sous le poids des rêves malsains, des bonnes intentions mais des méthodes repoussantes. (pause) Je me souviens de notre chien, écrasé par une voiture et ma mère hurlant pour la pauvre bête saignant en plein milieu de la rue, blessée mortellement. (Charlie commence à pleurer) En pleurant et caressant sa petite tête, elle essaya de le soulever pour l'amener chez un vétérinaire. Mais après des années et des années de dévotion notre chien montait sa gueule et grognait, le blanc des yeux tourné nulle part, et, chose qu’il n’avait absolument jamais fait, il lui pratiquement sectionnait le doigt. Aveuglé de douleurs et d'agonie, en train de mourir, se défendant pensant qu’elle l’agressait. Ma mère cria, mais il ne la reconnaissait plus, il se sentait trahi peut-être. C' est quelque chose qui arrive souvent, dans l'extrême détresse, l'homme comme la bête, frappant de façon sauvage.

 

Charlie : (s’essuyant la figure, se mouchant) Pourquoi me raconter cette histoire ? Tu t’appelles comment ?

 

Jake : (ironique) Ella Fitzgerald. Je n’ai jamais su pourquoi les blessés blessent, pourquoi les muets se taisent, pourquoi les aveugles ferment les yeux, comment les souvenirs d’enfance.... mordent les doigts et comment personne ne parade seul, ou pourquoi les gens qui défilent adorent ça, s'adorent, hier, avant-hier, des gens qui marchent comme ça la vie durant... Tu voulais mourir mais finalement tu as choisi de brutaliser les autres... Tu appelles ça une vie, la vie ?

 

Charlie (défensif) Qu'est-ce que tu en sais?Je viens d’arriver, en marchant seul, avec l'envie de respirer de l’air libre, de te rencontrer, sans drapeaux, sans canons, sans..... Tout ça du déjà-vu. Pour m’amuser, jouer aux clowns, et puis m’en aller... Comment... nous nous sommes connus, qui es-tu, combien de temps nous..? A quoi jouons-nous, vraiment ? Me suis-tu ? Suis-je le chien de ta mère ? Comme lui, sans propre famille ?  (rie) Si je n’ai pas d'enfants, pourquoi ai-je baisé la fille au-pair ?

 

Jake : Je piste ceux qui estiment qu'ils sont suivis; parce qu'il y a une raison et je la veux connaître. Il pue là ou ils marchent, polluant l’air frais... Ce serait bien de déterminer l’origine de cette pestilence qui émane de certains uniformes, trompés... progressant lentement.

 

Charlie : Je me suis battu pour mon pays, pour tracer les limites...

 

Jake : Dans le sable ? Bon, d’accord,  mais seulement dans ce cas, là où tu déposais des pas presque invisibles, partiellement essuyés, des pas qui se permutent mais qui pointent toujours… quelque part.

 

Charlie :...établissant les limites.

 

Jake : De la démarcation, tu veux dire ?

 

Charlie : Tout le monde le fait. Tous s’engagent ainsi. C’est ce que nous sommes, qui nous sommes…

 

Jake : Nicolas Chauvin était comme ça. Pour Bonaparte, son Empereur favori…

 

Charlie : Tu vois !

 

Jake : Tu le connais ? Victor Hugo ?

 

Charlie : Victoire Boulot ?

 

Jake : Il disait que Napoléon était le premier idiot qui se prenait pour Napoléon.

 

Charlie : Et alors ?

 

Jake : Chauvin, son serviteur.

 

Charlie : (chante) Monsieur Chauvin, je vous en prie, faites-moi cadeau d'un rêve…

 

Jake : Il était bon soldat... plus tard.... toujours plus tard... ridiculisé d’avoir apporté rien que la misère, des douleurs sans fin. Toujours en uniforme, obsédé, jaloux, zélé....

Charlie: (renifle) Je ne sens rien, personne, rien que toi.

Jake: (renifle) Pour ma part... je sens... l'échec!

Charlie : (évasif) Je n’ai jamais su ton âge .... jusqu'à notre rencontre. Et quel côté est le bon ? Le sommet le seul endroit qui compte, comme un article haut de gamme dans une boutique de luxe, placé sur la plus haute étagère, tous le veulent, en d’autres termes (fort) C'EST MON TOUR D'ÊTRE AU TOP! Et ses bottes à moi.. elles sonneront claires, ne voulant pas chanter…bon, pourri, bon, pourri, bon... mais gauche, droite, gauche, droite, tout simplement.

 

Jake : Pourri gauche, pourri droite, pourri tout… Et parle moins fort, quittes-tu déjà, par hasard ? Des gens qui parlent fort racontent toujours des histoires qu’ils n’ont aucune intention de terminer ! Tout comme A LA PROCHAINE, RAVI DE VOUS REVOIR, NAVRÉ DE VOUS DEVOIR QUITTER, MES SALUTATIONS A MADAME... !

 

Charlie : Arrête, ne fais pas le con, faut savoir se lancer !

 

Jake : Se souvenir avec tranquillité, c'est tellement plus important  : c’est tout ce que nous avons, ce qu’il nous reste, ne crie jamais. Tu n’as pas remarqué le désastre qui nous tombe dessus quand à haute voix nous perdons notre mémoire, quand à haute voix nous avons trop peur de nous souvenir… de reconnaître qui nous sommes. Je me souviens presque tout, en aidant ceux qui...

 

Charlie : Tu ne peux pas oublier ? C’est un problème, pire que ne pas se rappeler.

 

Jake : L’histoire...

 

Charlie : L’histoire, c’est quoi que prétendre que des événements ont eu lieu, les fabriquer, pour le reste, ferme ta gueule !

 

Jake : J’ai surtout vécu de très mauvaises journées, mais aussi quelques-unes qui furent très, très claires. Et j'ai toujours su que ma vie était un conte, un livre, un récit, qui devait être lu jusqu'à la fin, et puis placée sur une étagère en chêne, avant mon ultime…départ. Ayant vécu sous l’herbe comme un scarabée, sabordant ici et là, chaque pas une découverte, l’herbe une forêt, chaque bosse une montagne, chaque goutte de pluie un déluge, chaque trace de pas plus large que moi. Luttant pour survivre sans le savoir, sans comprendre pourquoi, un maillon de la chaîne alimentaire qui produit quelque chose encore plus magnifique que ce que je pouvais voir... que moi !

 

Charlie : Ah, oui, mais alors là…

 

Jake : Mais si je peux faire un vœu, ce serait… Laissez-moi être, laissez-moi! Simplement parce que aujourd’hui je ne ressens aucune douleur immédiate, et je promets de respecter tous ceux qui sont… encore plus petits. (en regardant Charlie, l’anti-Chaplin) A l’exception d’un certain homme…

 

Charlie : Alors, faisons de ton histoire une histoire heureuse, ce n’est pas pour cela que nous nous sommes retrouvés ici ? Pour tout changer, faire semblant? Comme ça.....je peux rester longtemps ! (Sonne une trompette en plastique)

 

Jake : Quoi ? Plus de trains à prendre ? Pas de départ... quelque part ? (pause) Au moins ton train a des sièges… Et les mauvaises histoires finissent toujours par finir un jour, seulement les bonnes ne finissant pas… (silence) On m'a volé mes parents, ma demeure, mon innocence, mon véritable adresse...

 

Charlie : Quelle est ton histoire, au juste  ? Moi, j’ai 24 ans, je commence à me sentir très bien, avec le sentiment que pour moi, tout ira comme il faut…

 

Jake : Il faut que je mette ma vie en scène, ne pas rater une minute, une mesure, un battement. La fin de l'odyssée, quittant l'orbite de la planète Ordure, qui menace mon espace… pour une fois et toute m’éloigner, trop désagréable, trop néfaste …

 

Charlie : Je n’ai rien d’autre à foutre…

 

Jake : Mais si, mais si… Tu défilais, t’as tout à faire. Il y en a qui défilent toute leur vie, sans jamais se faire prendre, se faire punir, ceux qui mentaient que la colère les avait poussé à faire l'impensable, ceux qui marchaient à l'énergie de la haine... Certains pour le fric, certains pour l'élixir de la reconnaissance, d'autres pour l'ambroisie, d'autres encore pour fuir un bourreau ou deux...

 

Charlie : Je n’ai rien….

 

Jake : On n’a jamais ‘rien’, ‘rien’ à foutre, ‘rien’ dans la tête, ‘rien’ à regretter, jamais… Oui, il se peut que tu puisses m’assister, jouer ma vie, mais la tienne en premier, ne rien abandonner au hasard, exclu, volé, voilé, forcé.

 

Charlie : Je me souviens de peu, je n’aime pas ce jeu, changeons à autre chose…

 

Jake : Ah mais tu vas jouer… C’est obligatoire ! Il y en a qui prennent le train par choix comme toi, et d'autres qui sont forcés… chargés comme du fret, et encore d'autres qui sont tués en installant des rails, abattus, ou confondus avec des Bisons. Les trains de Birmanie, des Gulags, des Lagers, ces Chevaux de Fer à volonté écrasant les Indiens Comanche...

 

Charlie : Est-ce que je suis sensé de savoir de quoi tu parles ?

 

Jake : Oui, tu peux m’assister en imaginant des choses, de manière constructive, les choses qui ne sont jamais arrivées peuvent être imaginées, même mieux, des choses qui se sont passées mais qui restent cachées, enterrées… par cette voie, portées à la lumière…

 

Charlie : OK, tant que nous imaginons, personne n'est blessé...

 

Jake : Je suis jeune moi-aussi, voyageant, fuyant la…

 

Charlie : La pauvreté ? N’étais-tu pas dans un camp de vacances…

 

Jake : Un camp pour des riches, faibles pourtant, bornés dans un sens, la veille expédiés...

 

Charlie : Le meilleur mode de transport, le train !

 

Jake : En Argentine on utilise l’avion, comme train aérien… Disons un camping pour les petits, seulement nominalement plus intelligents que toi… (pause) Et bien, alors, disons que...prétendons que c'est toi le directeur.

Charlie : Ah, bon: DIRECTEUR! Et y aura-t-il des filles, se baignant dans le ruisseau ?

 

Jake : Je dirais: coulant…

 

Charlie : Des filles minces ?

 

Jake : Le look ‘anorexie’, très en vogue !

 

Charlie : J’aime bien les regarder…

Jake: Puis numéroter leurs jambes..

Charlie: Pour mieux savoir... les séparer?

Jake : Ou te masturber ?

 

Charlie : Arrête !

 

Jake : Tous les jours ? Quatre fois par semaines ?

 

Charlie : Arrête !

 

Jake : Part des engins…

 

Charlie : Vas te faire…

 

Jake : …des engins de destruction ?

 

Charlie : Arrête !

 

Jake : Excellentes putains ? Avec des dessous à déchirer, puis pouffff, poussées au fond de l'eau noire… étranglées, le problème que l’on ne peut pas tous les violer, ne pas sans s’autodétruire, un boulot épuisant, débilitant, délirant pour la meilleure part ….

 

Charlie : Pousser, ça veut dire quoi ? Pousser, ça n'a rien à voir avec noyer, à la fin elles font ça elles-mêmes. On peut se noyer…

Jake: Dans la société ? On peut se noyer dans les briques, l’asphalte, des Champs-Élysée ?

Charlie: C'est ça que je voulais dire...

 

Jake : Chacun pour soi, ce n'est pas un peu maladroit...?

Charlie: Et alors !?

Jake: (à lui-même) Je n’ai jamais compris cette question des trains, si l’on avait des objectifs si précis, pourquoi dépenser des millions et des millions avec ces transports ? Je veux dire, pourquoi industrialiser l'extermination ? Pensez à l’organisation, au personnel, l’hébergement de quelques mois une fois délivrés, l’alimentation, le chauffage, les pipes, les tubes, les substances, toute cette encre, sur des papiers, des documents, encre dans la peau des bras … N’est-il pas beaucoup plus rapide et facile de perpétrer ces actes la nuit, chez soi, dans un stade tout proche.. Mêmes les Rwandais, les Soudanais s’en sont rendus compte… Le Cambodge, le Chili aussi…. (amère) De l’efficacité… Dieu ne connaît absolument rien !

 

Charlie : Oui, elles me fatiguent, elles ne m’aiment pas, trop occupées à être jeunes, et moi, avec mes 24 ans, imagine-toi, déjà rejeté...

 

Jake : En colère ?

 

Charlie : Qu'est-ce que tu peux en savoir ?

 

Jake : Parce que tu pousses.

Charlie: Je me pousse vers le haut, comme tout le monde.

 

Jake : On peut se baigner en laissant vivre les autres.

 

Charlie : De quoi tu parles ? (sonne sa trompette en plastique) De quelle vie ? La nôtre ? La tienne, la mienne ?

 

Jake : Ça ne fait aucune différence; les trains finissent tous par arriver quelque part…

 

Charlie : Elles ne me saluaient même pas…

 

Jake : Alors, tu les a forcées?

 

Charlie : Je les forces à admettre quelles sont des pétasses anti-caucasiennes. Elles ont l’air différent, c’est évident…

 

Jake : Au revoir, mes salopes. L’au revoir final. Comme si tu défonçais la porte d’une maternité, à haute voix, grondant, montrant tes dents, incapable de parler autrement tellement tu doutes de toi, hurlant à un nourrisson, ta voix abominable, contaminée … (mimant) Alors, quand est-ce que tu vas acheter ton premier bolide, brillant, doré, mon petit salaud, de grande gueule riche, insupportable ?

 

Charlie : (bondit, crie, excité) C’est un malin ! C’est un malin ! (en général) Tenez, prenez un cigare !

 

Jake : Félicitations…. PAPA !

 

Charlie : Je n’aime pas quand ils pleurent. Dans l’eau… les choses plus tranquilles. Je déteste les bébés qui grandissent en vous marchant dessus.

 

Garçon : (déguisé en Indien plumé, fâché, levant son arc, pointant sa flèche) Allez-vous-en ! Quittez mon territoire ! J’étais là en premier, arrivé il y a longtemps, à la conquête, chasseur selon les lois de mon peuple…

 

Jake : (gentiment) C’est écrit, mon petit? Et une obsession de famille, donc vrai ? Comment t’appelles-tu? Es-tu guerrier ? As-tu un cheval ? As-tu…

 

Garçon : Je suis du pays de Kansas, je suis Comanche, je tirerai ma flèche si vous ne vous en allez pas…

 

Charlie : Petit connard !

 

Garçon : (fuyant) Maman, Maman…

Charlie: Alors où se trouve ton tomahawk, Chef Durpetitcon?

 

Jake : C’est drôle…

 

Charlie : Qu'est-ce qu'il y a de drôle ?

Jake : La mémoire. Elle nous raconte non seulement qui nous étions, qui nous sommes, mais aussi qui nous serons.

 

Charlie : Comment tu le sais ? Tu as vraiment le même âge que moi  ? Je ne sais plus ce qu’il se passe. Je vieillis, sauf aujourd’hui. Ce petit monstre d'où vient-il, où va-t-il, que veut-il au juste?

 

Jake : Oui, d’où viennent nos monstres, c’est ce qu’il faut déterminer. La récidive, la cause de tout effondrement… de chaque anomalie, de chaque tragédie… La marée qu’il faut… freiner… Si seulement nous pouvions faire cela….si seulement nous en étions capables…

 

Charlie : (éclatant de rire, rejouant)

 

Alors, lève-toi et cache-toi à moitié derrière cet arbre. Baisse ton pantalon et ton slip, sépare tes jambes légèrement et incline-toi. Maintenant laisse-moi voir---- T’as ---- t’as ---- 72 ans et 4 mois !

 

Louis, tu disais, Louis, en te rhabillant et après un moment: Louis, c’est vraiment remarquable !

 

Quoi, que je t’ai demandé de baisser ton pantalon, ton slip… ?

 

Que tu puisses déterminer mon âge, en étudiant mes couilles.

 

De quoi tu parles, je disais. Tu me l’as dit la semaine dernière. T’as un problème, mon cher…

 

Et tu disais : Ce problème, c’est toi. Tu es mon problème, tu l’étais, tu le seras toujours. Rentrons ! Mais si tu veux connaître ton âge à toi, tu n’as qu'à me demander et je te rendrai le même service.

 

Ce que je ne comprenais pas. Et tu es parti. Mais je savais que tu reviendrais, un jour, et que je pourrais te redemander. Mon nouveau nom, Charlie. Et nous voilà, aujourd’hui,  à nouveau dans ce parc, où je dois t’aider à te souvenir, quand c’est moi qui oublie toujours…

 

Jake : Je te le faisais croire… Il n’est jamais trop tard…

 

Charlie : Trop tard pour quoi ?

 

Jake : … de refermer les pages, endiguer mes rages…

 

Charlie : L’homme du Nirvana…

 

Jake : Qui ça ?

 

Charlie : Tu parles comme l’homme du Nirvana, ou du Walhalla, ou…

 

Jake : C'est peut-être moi....

 

Charlie : Tu viens d’où? Depuis combien de temps je te connais?

 

Jake : Je t’ai trouvé dans ce parc, il n’y a quelques années. Je t'ai suivi, je voulais savoir qui tu étais, si c’était toi….

 

Charlie : Qui j’étais… ?

 

Jake : Le Nirvana n’est pas pour tout le monde. Je t’ai suivi de gare en gare, de ville en ville, de Café en Café, me posant la question… me venger ou non… exiger ma part de chair…

 

Charlie : C’est vrai ! Le Nirvana n’est pas pour tous, mais on peut s’en construire un. Je l’ai fait, avec un certain succès, pendant longtemps…

 

Jake : T’échappant, fuyant…

 

Charlie : (soupçonneux) Et ceci… serait-ce… une confession ? A quoi jouons-nous au juste  ?

 

Jake : (triste) Jadis ce que l’on me disait de moi-même, je l’acceptais. Je croyais tout: que je suis très spécial, que l’horizon m’appartient, et au-delà, entièrement à moi, sans que je réalise comment identité ou propriété symbolique... nous tuent.

 

Charlie : Nous séparent et nous font survivre, selon ces types... Darwin et Nietzsche, non?

 

Jake : L’identité discrimine, élimine et si on cherche l’origine de tout nos chagrins, de nos douleurs, c’est sûrement par là qu’il faut commencer (soupire)  Faut prendre les choses avec un soupçon… de soupçon. Darwin ne parle pas d’un être ou d’une espèce supérieure, il parle de force face aux éléments: c'est pas la taille qui fait nos maîtres ou alors c'est la Girafe qui célébrerait la messe, commanderait nos armées, construirait nos châteaux, nos mures, nos...

 

Charlie : Le sauve-qui-peut, les chiens se dévorent entre eux !

Jake: La Mante Religieuse... Sans prière?

Charlie: Bien sûr. Des idées me sauvent, personne ne me blesse, même pas toi...

 

Jake : Des idées malsaines... Mais cette fois jouons différemment: pendant 10 minutes on interdit le mot ‘Je’, et nous verrons où cela nous amène...

 

Charlie : Des bonnes idées, de l’oxygène…

 

Jake :Tu vois, tu as un peu de mémoire quand même ! En fait, tu es sourd !

 

Charlie : C'est ça, ou toi tu n’as pas de voix... Faut l'avoir la voix... J’en avais une...

 

Jake : Ta voix s’appelle.... Uniforme ?

 

Charlie : Quoi ?

 

Jake : Tu t’en fiches. Tes idées ne sont pas malsaines mais ... un néant, sans coudes, sans coup de pieds, sans armes...

 

Charlie : (évasif) Ecoute: Ne partons pas pour Hong Kong...

 

Jake : Comment ? Plus d’évasion, restons ici, au parc, fin du voyage ? Pas de train pour la Chine, Cathay, la Manchourie, La Mancha…?

 

Charlie : Ne partons ni à Kaboul, ni au Damas...

 

Jake : Es-tu sincère ? Tu ne veux vraiment pas partir. Et si je t’accompagne ? Zut, pas de ‘Je ‘...

 

Charlie : (soulagé)  N’y allons pas, ‘nous’ l’aimons ici, ‘nous’ ferons n’importe quoi... (soudain ému) pour toi, le seul que ‘nous’ connaissons....dans les rues, sur les sentiers... personne d’autre...tout le monde parti...(normal) Pour le reste... ‘nous’ avons suivis nos ordres, faisant ce que ‘nous’ étions supposés faire, que l’on attendait de ‘nous’, nous déchargeant de toute responsabilité, déléguant ‘notre’ pensée, ‘notre’ conscience, ‘nous’ uniquement désireux d' améliorer le quotidien, question de positionnement dans une société où encore des autres ‘nous’ regardaient avec cet oeil aveugle, méchant, en 'nous’ menaçant tacitement, ‘nous’ injuriant, ‘nous’ provoquant, sans cesse, ‘nous’ abandonnant, ‘nous’ laissant sentir des sentiments amers, ‘nous’ faisant misérables....

 

Jake : (sardonique) Tu te trouves pitoyable, la raison derrière cette haine... Parles, parles.....

 

Charlie : (suppliant) Mais ‘nous’, ‘nous’ sommes des copains, n’est-ce pas ?

 

(entre le garçon de nouveau, jouant avec un ballon, le lançant vers les deux hommes, espérant qu’avec un coup de pied l'un d’entre eux le lui retourne)

 

Jake : (En lui retournant le ballon) (à Charlie)  Copains ? Pourquoi ?

 

Charlie : Les autres….partis il y a longtemps, finis les parades, tombés secs les ruisseaux...

 

Jake : Les as-tu tués ?

 

Charlie : En hiver il fait toujours froid.

 

Jake : Comment ?

 

Charlie : Ils avaient tout...

 

Jake : Qui ?

 

Charlie : Les autres. Ceux qui...

 

Jake : Ceux avec des racines, sans bottes, solidaires, s’aidant entre eux, plus intelligents ?

 

Charlie : Qu’est qu’on y peut ?

 

Jake : ‘Nous’ ne le savons pas. Pousser des racines propres mais sans éliminer pour autant les autres...

 

Charlie : ‘Nous’ avons tout essayé, tout fait, elle, morte, s’en ait tiré, puis, après, ‘nous’ tous...

 

Jake : Mais ‘nous’ t’avons trouvé...

 

Charlie : Tu étais là, en vacances, au camping, apprenant à nager ?

 

Jake : Ah mais moi je savais nager, c’était toi qui coulais.  Attention ‘Trouvé’, ne veut pas dire ’Rencontré’.

 

Charlie : Mais ça fait longtemps que nous nous fréquentons, ici, au parc, où au début... les deux… solitaires… non ?

 

Jake :  ‘Nous’ ne ‘nous’ sommes pas connus.... par hasard... Oui, les deux seuls, obsédés. Avec nos trains à prendre, embarquer, descendre, aller nul part, retourner, les autres passagers partis, ou absents, invisibles, ou à être évités, au cas où....

 

Charlie : (faible) ‘Nous’ ne ‘nous’ souvenons pas...beaucoup !

 

Jake : (fâché, retournant à la rude réalité) Si, tu te souviens !!! Tu fais ça tout le temps. Quand tu te promenais derrière moi, tu ramassais un stylo que par accident j’avais laissé tomber sur le sentier. J’étais en costume , l'air sérieux, respectable, comme aujourd’hui si j’enlève ce nez ridicule. Tu voulais me lécher le cul, parce que c’est ce que tu es. Tu donnes des baisers, mais des bottes dures... selon le cas !

 

Charlie : Je fais quoi tout le temps. Tu parles de quoi… au fond ?

 

Jake : Du vol !

 

Charlie : Voleur ? Moi ? Qu’est-ce que...

 

Jake : Tu regardais mes couilles, après avoir insisté pour que je baisse mon pantalon...Tu voulais voler ma dignité, parce que tu n’en a pas.

 

(Le garçon s’enfuit)

 

Charlie : Ton stylo ? Volé ? Allons !

 

Jake : Tu m'as joué un tour, mais je t'ai laissé faire sachant qu’un jour tu allais parler de ce spectacle, me permettant de prouver que ta mémoire fonctionne très bien. Merde, mon tatouage me démange encore, chaque fois que je te parle... Oui ‘Je’, laissons tomber ce jeu, cette façade de ‘Nous ‘, j’ai su me libérer… j’ai obtenu ce que…

 

Charlie : (rit) Le mien aussi ! Avant c’étaient les durs qui se tatouaient, mais là, maintenant, tout le monde le fait… se raser la tête… s’asseoir dans un café bio, porter boucle d’oreille, complotant entre les tartes au blé et les amuse-gueule à 0%...

 

Jake : Amusant de voir des voyous bio, ou des matons qui font de la balançoire. Pourquoi, on se demande ? Pour mieux surveiller leur proie, prier... ? Mon tatouage, c'est toi qui l'as posé...

 

Charlie : Ne prie pas, prends ! Qu’est-ce que tu dis ?

 

(pendant la séquence suivante Jake chantonne de l’opéra, signalant à Charlie son désaccord tandis que celui-ci continue à lui parler)

 

Quoi, ton tatouage ? Montre-le ! Qu’est-ce qu’il représente ? Une fleur ? Un dragon ? Il est récent ?

 

Jake : (s’interromps, avec sarcasme) Récent ? Que penses-tu ? Évidemment il n’est pas récent, un enfant sait qu’un tatouage ne pâlit pas, reste saillant, inscrit dans la peau. Tu voudrais qu’il soit neuf, comme ça il n’existe aucun lien... Ici pas de dragons, pas de fleurs, il n’y a qu’un…

 

Garçon : Regarde, un vieux tatouage, il est tout bleu! (pause) Je marque au fer mes chevaux, je découpe mes troncs jusqu’aux montagnes là-haut, et si je pouvais je marquerais celles-ci aussi... 

 

Charlie : Je n'ai jamais tatoué personne, je ne saurais pas le faire. 'Nous' n'aimons pas toucher, elles sont sales, pleines de poux, faut les laver, tout comme les Indiens, essayant d’arrêter le monde, le temps, regardez Manhattan, ce qu’elle serait devenu, c’est ce que 'nous' voudrions savoir....

 

Garçon : Maman, Maman, cet homme veut me faire du mal...

 

Jake : (chantonnant encore, s’interrompt)

 

Manhattan ! Parle-moi de Manhattan. Ses gratte-ciels inutiles. Chaque objet gratte le ciel, tout le monde gratte le ciel, mon nez gratte le ciel, mes doigts grattent le ciel, en agonie parfois. Des gratte-nuages plus précis, plus exacts, moins ambitieux, toujours grands, mais encore hauts, moins énormes...

 

Charlie : Il y en a qui doivent servir, et pourquoi pas, n’avons-nous pas servi, nous avons régné et nous avons servi. Ceux qui ne connaissent pas leur place doivent disparaître, c'est tout, se soumettre ou foutre le camp. Il veulent nous arrêter, se cacher derrière leur mythes de gloires, leurs rites, leurs sortilèges, là pour exclure, là pour nous maintenir inférieurs, quand nous sommes forts dans nos propres luttes, et par nos propres victoires, des Samurai en acier, pas de bombe qui peut nous écraser, Hiroshima une erreur grave pour la mauvaise raison, qui sera corrigée, un jour. L’homme vrai, ne survit que dans l'autorité sur les autres… ceux qui obéissent.

 

Jake : Comme toi, tu obéissais ? Arrête tes conneries ! Tu n’es qu’un autre fétichiste du pouvoir. Je te dis que l’esprit meurtrier qui nous hante va disparaître quand nous serons une vraie espèce cohésive, sans privilèges uniques, solidaires, quand nous serons tous des Girafes. La Girafes n’attaque jamis, même en rut, cherchant la femelle, cou doux, chemise courte, sans jupe...

 

Garçon : Maman, ces hommes ne veulent pas partir. Tu m’as promis que cette terre est mienne, mienne, pour toujours...

 

Charlie : Vas-t-en, petit con... Et si ta mère disparaissait... Tu t’en irais une bonne fois pour toutes?

 

Jake : Si tu ne peux pas être galant, sois Gallois, indifférent, amant pragmatique, allez-hop, entrer, sortir, mil fois, les laisser haletantes, pas saignantes... Je t’assure, tu ne peux jamais toutes les massacrer, alors préfère la pénétration....

 

Garçon : Maman, Maman.... J’ai peur, je veux  rentrer, ils veulent te faire mal…

 

Charlie : Sentiment, émotion, ne cause que des dégâts, l’égalité non plus pour la simple raison…. qu’elle n’existe pas.

 

Jake : Alors Dieu créa un petit dilemme, à nous de le résoudre, comme toute autre chose, avec notre propre grâce...

 

Charlie : Fais comme un oiseau de proie, réduis, élimine...

 

Jake : (en jetant ses bras en l'air) Mais qu’est-ce qu’on y peut, que peut faire l’homme, attaqué par un prédateur ou un chien blessé pour sauver les siens ? Se défendre et frapper, quoi d'autre. Et qui rompt le code... le code humain... Ne doit-il pas être banni dans à un autre royaume, retourné à un état sauvage, et payer le prix de ceux que refusent de connaître la douleur des voisins, ceux qui habitent le noir pervers d'une nuit en plein jour !?  

 

Charlie : De la Girafe au Crocodile, toi tu adores les...

 

Jake : (auto-désapprouvant) La cage aux poissons, jusqu’au bassin d’oiseau...

 

Charlie : Ah, oui, des zèbres tachetés... C’est un Zoo, de m'en sortir... Mais quand les gardes sont satisfaits... (sonne sa trompette)

 

Jake : (retournant à ses réflexions) Identifiés... Pas satisfaits... Quand ces gardes sont... 

 

Charlie : Des protecteurs…

 

Jake : Des exterminateurs ! Des suspects à l’envers, esprits sclérosés, rois de banalité, ramassant les feuilles mortes dans une cour d’agonie tergiversant, l’empathie, le temps, s'échappent de leur tête...

 

Garçon : (en sortant la langue)  Brrrrrthththllllllll !

 

Charlie : (feint) Toujours là, mon petit ? Comment va ta très chère mère ?

 

Jake. Cours, mon enfant, cours !

 

Le garçon ne bouge pas

 

Jake : Il ne bouge pas. Il pense que nous sommes des clowns, mais aussi des fous qui volent, des farceurs qui attaquent, avec sa mère qui l’envoie, qui le nourrit mécaniquement, à la fois lui tournant son dos, absente, une sorte d’agressivité passive qui le bouscule, le perturbe, le confond, pauvre enfant…

 

Charlie : Comment tu sais tout ça ? Tu dramatises beaucoup trop, mon cher. Fiston, avec ton arc et cette flèche, pourquoi tu ne tires pas sur ce bel oiseau là-bas...

 

Jake : (exaspéré) Mais pourquoi ?

 

Charlie : Parce que l’oiseau fait chier, toi tu me fais chier, ce petit connard aussi.

 

Le garçon pointe sa flèche vers Charlie

 

Jake : Tu sais nager, mon enfant ?

 

Garçon : Non, je bats les autres garçons, je les tire vers le fond (pas lourd) Si je ne peux pas nager, les autres non plus !

 

Jake : Ah non, c'est pas possible ! Tu as quel âge ? 24 ?

 

Charlie : Ça, c’est moi...

 

Garçon : (fier) J’ai 7 ans !

 

Jake : Bientôt 70 ?

 

Charlie : C’est un môme intelligent ! Je commence à l’adorer... Tiens, prend ce cigare, mon...

 

Jake : Ce n’est pas drôle...

 

Charlie : Je suis un clown…

 

Jake : Un clown avec un passé, qui se cache derrière le temps échoué, les mots, les jeux, les trains, l’idiotie, la cruauté...

 

Charlie : (pause) Je me souviens quand j’avais 7 ans...

 

Jake : Souffrant d’un manque d’assurance, d’insécurité...

 

Charlie : Je me souviens...

 

Jake : Sélectivement ?

 

Charlie : Ah, oui, il y a 17 ans, il faisait beau, une année glorieuse, je venais de faire exploser ma première grenouille...

 

Garçon : (fasciné) Avec une paille par le cul ? (s’assoit sur les genoux de Charlie)

 

Jake : La paille qui t’a permis de flotter sur la marée, les vagues de tes jours ?

 

Charlie : Il en avait beaucoup....

 

Garçon : (à Jake) Ne vous en mêlez pas...

 

Jake : Allez voir vos mères, les deux, si ce n’est pas trop tard, si....

 

Charlie : (se débarrassant de l’enfant, en quittant son attirail de clown) Ça ne change rien. Trop de mères des bourreaux qui nous dénigrent, qui nous font taire...

 

Jake : Parle pour la tienne… pas la mienne… Elle était une sainte... tu n'avais aucun droit... (ne peut plus)

 

Charlie : Bien sûr je parle de la mienne, et toujours très rapidement afin de ne pas perdre son attention. Elle ne m'a jamais écouté. Alors maintenant quand les gens ne m'écoutent pas, je leur parle à l'envers. Et si ça marche pas, je me promène en reculant… pas dans les parcs, trop peu de gens...

 

Jake: Moi, je suis là.

Charlie: Elle était complètement désintéressée...

Jake: Et tout ça pour qu'elle te fasse attention? Ou déjà en train d'exercer tes talents en toute impunité....

Charlie: Jamais, en aucun moment, elle me...

Jake : Tu fais de la danse sur corde raide ?

 

Charlie : Me refusant…

 

Jake : Collants ? Chaussures à pointes, un parapluie ?

 

Charlie : (s'en sort) Du maquillage ? Merde, pour le cirque tout ça….

 

Jake : Ou peur de vertige ? Fort, mais pas de courage ?

 

Charlie : Je bosse mieux en groupe…

 

Jake : En bande ? Je m’en doutais…

 

Charlie : Comment tu peux le savoir… ?

 

Jake : Fais des trucs sous-marins ?

 

Charlie : Je me noie…

 

Jake : Ah, je l’avais presque oublié ! Te poser telle question… Quelle impertinence ...

 

Charlie: Parfois j’ai même envie de marcher sur les mains. Mais avant de faire ça, je parle toujours très rapidement…

 

Jake : (marche en arrière, parle à l’envers) Fonctionne ça si, bien, Eh ! Part quelque nous arriverons peut-être et l’envers à Parlons.

 

Charlie. Comment… ?

 

Jake : Je te parle à l’envers.

 

Charlie : Bizarre.

 

Jake : (à l’envers) Toi comme parle Je ! Toi comme marche Je ! Vérité la découvrir Pour !

 

Charlie : Mais qu’est-ce que tu dis ?

 

Jake : Tu dois le comprendre, je disais  Conneries des racontes me tu, craignais je que ce Exactement : C'est exactement ce que je craignais, tu me racontes des conneries ! (chantonne à nouveau)

 

Charlie : (insiste) Je marche au sens contraire, je parle à l'envers dans les rues…

 

Jake : Oui, oui, si nécessaire et pour que l’on t’écoute...

 

Charlie : …. Dans les squares, les marchés, les gens me regardent, et quand ils me demandent ‘Que faites-vous ?’ je leur réponds, je suis tellement content que vous me posiez cette question, jouez-vous du piano, à l’envers ?

Jake: Quoi? Berg, Berlioz, Beethoven, Bach, composer une nouvelle musique que personne n’a jamais écouté, ouvrir un nouveau monde ? Un monde où la colère passe pour la dignité, alors que ça n'est que la voie de la...facilité!

 

Charlie: Uhhhh?

Jake : Au lieu de parler rapidement ou à l’envers, t’as jamais essayé d'avoir quelque chose à dire ?

Charlie: (sarcastique, à voix sérieuse) Mais oui! Avec une voix comme ça, avec un froncement de sourcils, comme si j'étais sincère et puis PAFFF, descendant l'autre gars?

Jake : Ah, tu veux dire les innocents... (pause) T'as jamais essayé de non pas parler pour cacher, proposant des nouvelles notes, des nouvelles clefs d’ivoire et d’ébène, seulement pour trouver... des nouvelles victimes ! (impatient) Des pauvres ZOBTIMES ! (pause) Il peut se faire foutre Aristote, il n'a jamais compris à qui il avait à faire ! Des gens… capables d’apprendre autant… excepté les conséquences de leurs actions… Jamais à la maison, jamais responsables de rien… Vivant un mensonge… jour après jour... des années après des années …  !

 

Voix d’une Femme : Oscar, viens ! Nous devons rentrer ! Oscar, bientôt il fera noir… Oscar, où tu-es ?

 

Garçon : Ma mère, ma ‘Squaw’ ! SSsssssst, faut pas lui dire où je me cache. Elle ne me veut pas, el n’aime pas venir ici… ma prairie… Tout ce que lui intéresse…  (pied lourd) Il fait encore jour, je ne veux pas rentrer au tepee…

 

Jake : (chantonne)

 

Charlie : Il fait presque noir, même un enfant peut voir ça. Vraiment, ce môme a de l'imagination. Pour ma part, je ne rêvais de rien, ça alors, c’est de la misère, même pas rêver… de rêver.

 

Jake : (explose) Tu te défends très bien, bordel ! Fuir nécessite beaucoup d’ingénuité, d’imagination ! (à lui-même)  Est-ce bien sûr que c’est lui, que je l’ai piégé ? Je l’ai suivi, il lui ressemble, il parle comme l’autre, il pense comme l’autre, il pue comme l’autre, il agit comme l’autre, et il doit tuer comme lui. (descend de la balançoire) Ah, je n’en sais rien, que faire ? Mon Dieu, quel question ! Devenir comme lui, ou ne pas devenir comme lui ? Le liquider maintenant ou plus tard… Se moquer est aussi punir... Existent-ils des suspects à l’envers, existent-ils des victimes à l’envers ? Et la question… la question, savoir non pas si la punition se fait, mais si elle a un sens. Ce misérable sans conscience, incapable de sens, même si c'est vrai qu'il n'a pas touché les condamnés, creusé des fosses lui-même. Oui, je suis amer, mais je connais la beauté. C’est cela la différence, ce mec ne la connaît pas, et en plus il est sûr de lui. Ne jamais avoir de doute, quelle tragédie. Une pensée appliquée d’une seule façon…, un exposé une chose terrible parfois, pire que le sang d’un seul individu sacrifié; alors quoi, comme le disait le Prince Noir de Danemark, alors…qu'est-ce qu'on branle maintenant?

 

Charlie : (facétieux) Alors, on s’encule ou on prend le train ? Quelle partie de fesses, eh, mon pote…!

 

Jake : Merde ! Arrête un peu ! A quoi tu joues, du choc.....au galop ?

 

Charlie : Schlock ?

 

Jake : Du ‘Schlock’ au galop. Tout pour que tu ne dises rien…

 

Charlie : Comment ?

 

Jake : T’habites où ? Je me le demande toujours, lorsque tu ne me réponds jamais !

 

Charlie : Chez moi n’est pas un lieu que je fréquente beaucoup.

 

Jake : (général) Chez soi, qu'est-ce que ça signifie de nos jours ?

 

Charlie : Quand un chez-soi n’est pas…

 

Jake : Une adresse ?

 

Charlie : N’est pas un lieu…

 

Jake : Ce n'est pas un lieu que je pourrais visiter ?

 

Charlie : A peine.

 

Jake : Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

 

Charlie : Oooouuuuffff !

 

Jake : Qu’est-ce que ça veut dire ? Quelque chose de bon ?

 

Charlie : Oooouuuuffff !

 

Jake : De mauvais, alors ? Je me demande….

 

Charlie : Ne me demande pas !

 

Jake : Tu avoues ?

 

Charlie : La confession n’est pas un lieu que je fréquente beaucoup.

 

Jake : Une confession, c’est quoi ?

 

Charlie : Quand une confession ne vaut pas…

 

Jake : Son papier ?

 

Charlie : Pas une feuille…

 

Jake : Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

 

Charlie : Oooouuuuffff !

 

Jake : A tel point ?

 

Charlie : Oooouuuuffff !

 

Jake : Je me demande…

 

Charlie : Ne me demande pas.

 

Jake : Assassiner… trahir… soi-même ?

 

Charlie : (résolu, bondit à l’attention, salue) Je nie !

 

Jake : Tu nies quoi, trois, quatre ?

 

Charlie : Je nie que je démens !

 

Jake : Oooouuuuffff ! (à lui-même) Et si ce con est innocent ? (pause) Je désespère… Son genre, ses certitudes, ses satisfactions, sa rage silencieuse… Ses complexités faciles, pas content de vendre des chaussures, des légumes… pleurant sur son sort, désireux d'avoir plus, beaucoup plus… jamais embrassé… freiné… sans cervelle… se vengeant sans arrêt… tristement en bonne santé… provocateur… infatigable…

 

Charlie : Tout ça, terminé…

 

Jake : Mais quoi ?

 

Charlie : Quoi que ce soit !

 

Jake : Tout terminé ? Nouvelle aube ? Nouveaux copains ?

 

Charlie : On pourrait dire ça !

 

Jake : Je ne dis rien, j’essaie de déterminer…

 

Charlie : De déterminer quoi ?

 

Jake : (exaspéré) Comment, quoi !!? Qui a monté une machination contre Roger Le Lapin, idiot, c’est ce que… Es-tu complètement dingue ? Ne sais-tu pas qu’avant l’amitié...

 

Charlie : Mmmmm… Jessica… quel bombe de sexe... ses lèvres... ses nichons... Quand je suis seul, je vais tout le temps au cinéma… (pause) Ton obsession des confessions… Ecoute, il y a des non vérités qui ne sont pas des mensonges. Quelqu'un m'a raconté que Rhode Island n’est pas une île, Martha’s Vineyard ne pas un vignoble mais une île...

Jake: (sarcastique) La Gare de Lyon n'est pas à Lyon... Eh, oui! Et si la Sainte Vierge ou son menuisier nous avaient racontés leur vérité... personne, personne n'annulerait... Noël! (pause, triste) Je voudrais tout simplement que l’inexprimable... que l'inexprimable soit exprimé… par TOI ! (pause, fâché) Mais le renard n’a rien…

 

Charlie : Le renard ? Roger Le Renard maintenant ?

 

Jake : Il n’a rien….

 

Charlie : (fausse modestie)  Merci !

 

Jake : Tu es aussi fin, aussi rusé, aussi cruel que lui !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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